Les nouveaux rapports platoniques

15 juillet 2018 : en consultant Le Monde, je tombe sur un article de Maïa Mazaurette, intitulé « Pas de sexe, merci : les nouveaux rapports platoniques » (1). Intrigué par la prose de cette chroniqueuse de « La Matinale », non seulement j’ai poussé mes recherches sur ses travaux, mais j’ai souhaité aller plus loin en consacrant un article sur la thématique des rapports platoniques. Vaste programme car il y a tant de choses à dire, et faire un résumé de mes recherches me paraît extrêmement difficile. Mais je relève le défi.

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Comme tout lancement, je dois cerner mon sujet avec une ou plusieurs définitions. L’une des définitions trouvées est la suivante : « L’amour platonique est une expression utilisée très fréquemment dans l’argot populaire pour faire référence à un amour impossible ou inatteignable. » (2)

La page Wikipédia relative à l’amour platonique définit cette notion comme une « conception philosophique des relations amoureuses qui date de la Renaissance : elle fut en effet mise en évidence par le philosophe humaniste Florentin Marsile Ficin au XVI ème siècle sous le nom latin d’« Amor platonicus »[1]. Il s’agit d’un amour chaste, en dehors de toute sensualité, de type intellectuel, et sans que l’envie de relations sexuelles ne se distingue. Il symbolise souvent la perfection de l’appariement de l’homme et de la femme, et passe également pour « le plus poétique et le plus puissant des amours » qui s’oppose à l’amour « vulgaire », destiné à la reproduction de l’espèce humaine. En ce sens on considère le mouvement darwiniste littéralement opposé au concept d’amour platonique à l’inverse de l’amour humaniste ; cette pensée est illustrée par cette citation de Aurélie dite « la Fougueuse » compagne de Schopenhauer : « l’amour n’est qu’une ruse de la Nature pour pousser les humains à se reproduire »[2].  » (3)

Une fois la définition posée, il faut s’interroger sur le pourquoi d’un tel sujet. En effet, dans notre société actuelle, le sexe – bien que tabou pour certains – a une place omniprésente. On trouve énormément d’articles sur le sujet, parfois un peu du n’importe quoi. Sous certaines formes, il fait l’objet de fantasmes et d’idées reçues (4). Mais qu’en est-il de l’Amour platonique ? Peut-on éprouver de l’Amour pour une personne sans vouloir avoir un rapport intime – sexuel, naturellement – avec cette dernière ? A cette question, la réponse est naturellement oui. Dans l’article de Maïa Mazaurette – cité plus haut – cette dernière évoque une catégorie particulière – qui ne représente qu’environ 1% de la population française – les « asexuels ». Ces personnes ne semblent pas ressentir du désir envers quiconque, mais ça ne leur empêche pas d’avoir des relations platoniques avec autrui. Ce phénomène est beaucoup plus acceptable que dans le passé. Ces relations sont parfois temporaire, mais elles peuvent évoluer dans le temps. Il faut également ajouter que les relations peuvent être virtuelles comme par exemple éprouver un amour irréalisable. Qui n’a pas commencé sa vie érotique en fantasmant sur une star de cinéma ?

Mais finalement, d’où vient ce concept ? Je vais essayé de le résumer sans entrer dans les détails car vous pouvez trouver les informations sur différentes pages.  Le terme « platonique » provient du nom du philosophe Platon. La théorie de l’amour platonique n’est pas exprimée par Platon lui-même mais par un personnage que le philosophe fait intervenir notamment dans Le Banquet. A la Renaissance, il s’agit d’un amour par l’esprit, un amour dans les idées. Ce sont les relations à distance qui sont bien souvent constituées d’amour platonique à des degrés divers. Les relations à  Généralement, il est associé à une sorte de rêve, de fantasme, dans lesquels l’envie d’être avec la personne aimée provoque un sentiment de tristesse. Il ne faut cependant pas le confondre avec l’amour courtois du Moyen Âge (expression désignant la façon d’aimer avec courtoisie, respect et honnêteté, sa ou son partenaire, dans le but commun d’atteindre la joie et le bonheur ; on la doit notamment à Chrétien de Troyes). Il faut également faire attention à la confusion entre l’amour platonique et la vision non-charnelle de l’amour. Platon accordait pour sa part une place naturelle aux relations charnelles. Dans le Banquet, à travers le personnage d’une prêtresse, Diotime, Platon explique ainsi que la sexualité est nécessaire pour avancer sur le chemin menant à la vérité. C’est peut-être sa description du refus par Socrate de relations charnelles avec Alcibiade, relaté dans ce même Banquet, qui a accrédité par la suite la confusion entre amour platonique et vision non-charnelle de l’amour. Une mauvaise lecture de l’ouvrage, ainsi  qu’une mauvaise interprétation de la théorie de Platon seraient donc à l’origine de la confusion que l’on fait encore de nos jours.

Je vais tenter d’achever de manière satisfaisante mon article en reprenant les conclusions de l’article de Maïa Mazaurette. Cette dernière évoquait les différentes sexualités parallèles. En les réincorporant dans le champ du désir « légitime », selon elle, on limiterait les frustrations. « Plus nous incorporons de possibilités platoniques à notre perception de la sexualité, plus nous étendons notre terrain de jeu : nous sortons d’une vision limitante et étroite de ce qui constitue un acte sexuel, pour y intégrer plus de fluidité… et plus de partenaires. Le platonique et l’érotique font l’amour, pas la guerre ! »

N’est-ce pas une belle conclusion ?

La Naissance de Vénus, Alexandre Cabanel
La Naissance de Vénus, Alexandre Cabanel (la contemplation d’un tableau est une forme de relation platonique).

Références et liens utiles

(1) https://mobile.lemonde.fr/m-perso/article/2018/07/15/pas-de-sexe-merci-les-nouveaux-rapports-platoniques_5331523_4497916.html

(2) https://nospensees.fr/quest-ce-que-lamour-platonique/

(3) https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Amour_platonique

(4) Le Sexe pour les Nuls regorge d’excellentes anecdotes comme par exemple celle d’un patient qui a fait son éducation sexuelle avec des films X. En effet, lors de son premier rapport sexuel, il a découvert avec surprise les poils pubiens de sa petite-amie.

 

Biographie sommaire que l’on retrouve sur la page Wikipédia

  • H.C. Desroches, Paul Claudel poète de l’amour, Cerf, 1949
  • Floriane Gani et Frédéric Manzini, Peut-on faire l’amour platonique avec une péripatéticienne, Paris, Ellipses, 2015.
  • Michel Larroque, Esquisse d’une philosophie de l’amour, L’Harmattan, 2006.
  • Anders Nygren, Éros et Agapè, Aubier Montaigne 1962.
  • Léon Robin, La théorie platonicienne de l’amour, Alcan 1933.
  • Reeser, Todd, Setting Plato Straight: Translating Ancient Sexuality in the Renaissance, Chicago, 2015.
  • Platon, Le banquet, traduction Robin, Les Belles Lettres, 1973.
  • Roger Caratini, Initiation à la philosophie, L’Archipel, 2000
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